Comment faire la sieste peut vous rendre plus créatif et vous aider à résoudre des problèmes complexes

Dans l’article précédent, je vous ai présenté une technique pour mieux se concentrer : le pomodoro. Elle s’appuie sur la façon dont le cerveau fonctionne pour en tirer le meilleur parti et booster notre efficacité. Des recherches récentes permettent de mieux comprendre nos différents modes de pensée. L’article d’aujourd’hui vous permettra de les découvrir et d’utiliser une méthode inattendue pour être plus créatif(ve) et résoudre des problèmes complexes.

Vous avez déjà essayé de résoudre une situation difficile en évitant soigneusement d’y penser parce qu’elle semblait tellement complexe que vous ne saviez pas par quel bout l’attraper ? Ou passé des heures à réfléchir à un problème sans vous donner de répit ? Vous vous êtes retrouvé(e) devant une page blanche en essayant vainement de trouver des idées nouvelles ? Faute d’en connaître d’autres, j’ai testé ces méthodes. Souvent. Et aucune n’a fonctionné de façon satisfaisante.

Et un jour, je suis tombée par hasard sur le MOOC Learning how to learn (Apprendre à apprendre). Il s’appuie sur les données des neurosciences pour apporter des méthodes d’apprentissage efficaces. Si vous avez l’occasion d’y participer, il est très bien construit, vraiment intéressant et ne demande pas une grande charge de travail. Il s’appuie en grande partie sur le livre de Barbara Oakley A Mind For Numbers: How to Excel at Math and Science (Even If You Flunked Algebra). Malheureusement, ni le MOOC, ni le livre ne sont à ce jour traduits en français. Cet article est en grande partie basé sur ces deux sources.

Pensée concentrée et pensée diffuse

Les neurosciences nous éclairent sur le fonctionnement du cerveau. Elles ont mis en évidence deux modes de pensée : la pensée concentrée et la pensée diffuse. Comme son nom l’indique, la pensée concentrée intervient quand nous focalisons entièrement notre attention sur ce qui nous occupe (notre grenouille par exemple). Logique et séquentielle, elle met en jeu des réseaux de neurones déjà formés, des concepts déjà associés. Ce mode de pensée vertical est très efficace pour exécuter rapidement une tâche que nous savons réaliser.

Vous est-il déjà arrivé de trouver la solution à un problème en dormant ? C’est parce que votre cerveau continue à réfléchir à ce qui vous préoccupe quand vous faites autre chose. La pensée diffuse intervient inconsciemment, en « tâche de fond » quand notre attention est occupée ailleurs. Son rôle est la veille, la conscience globale de l’environnement, sans objet précis. Elle permet de mettre en relation des concepts éloignés, d’avoir une idée d’ensemble. Elle est associée à la créativité, aux interactions et au traitement des émotions.

Amorcer la résolution d’un problème

Résoudre un problème demande souvent, surtout s’il est complexe, des allers et retours entre la pensée concentrée et la pensée diffuse. Il faut tout d’abord en quelque sorte « charger » le problème dans son cerveau en utilisant la pensée concentrée. Cela nécessite de visualiser les données de la problématique en les lisant, en faisant des schémas (les cartes mentales marchent très bien pour cela), en les expliquant à quelqu’un… Cette préparation est appelée « l’amorçage ». Le cerveau peut ainsi comparer les données à des problèmes déjà connus et pour lesquels il dispose déjà de réseaux de neurones pour la résolution. Une partie de la solution peut déjà se former.

Mais au bout d’un certain temps (souvent les 25 minutes du pomodoro), on n’arrive plus à progresser ou on bute sans arrêt sur la même impasse. C’est le moment de relâcher la concentration, de mettre le problème de côté afin de laisser s’enclencher le mode diffus. En effet, c’est quand le problème a complètement quitté la partie consciente de nos pensées que le mode diffus va faire son œuvre.

Il est facile et intuitif de se concentrer pour résoudre une problématique délicate. Rien n’est plus compliqué que de s’empêcher de penser à quelque chose. Au contraire, passer en mode de pensée diffuse demande de lâcher prise. Pour cela, vous pouvez marcher seul, faire du sport, danser, prendre un bain, écouter de la musique sans paroles, jouer un morceau de musique que vous maîtrisez bien, méditer, prier, dormir… L’activité neuronale devient plus diffuse et le cerveau peut comparer les données du problème à des situations plus diverses. Un nouveau morceau de la solution se construit de manière inconsciente. Pour continuer à avancer, il faut continuer à alterner pensée concentrée et pensée diffuse.

Diriger la pensée diffuse pour avoir de nouvelles idées

« La nuit porte conseil » dit l’adage. Effectivement la transition entre la veille et le sommeil est tout particulièrement intéressante. De nombreux scientifiques et artistes ont exploité le potentiel créatif de cette phase bien avant que l’on comprenne pourquoi elle fonctionne. Le très prolifique inventeur Thomas Edison et le peintre Salvatore Dali avaient tous deux la même méthode pour trouver de nouvelles idées. Ils s’installaient dans un fauteuil pour une petite sieste en tenant à la main un trousseau de clés. Au moment de s’endormir, leur prise sur le trousseau se relâchait et le bruit de la chute de l’objet les réveillait. Juste au moment où la pensée diffuse était en pleine action et avant que le sommeil ne risque de leur faire oublier les idées qui avaient fait surface.

Pour stimuler l’apparition d’idées nouvelles, la phase d’amorçage est importante. En formulant de manière consciente ce que l’on souhaite créer avant de laisser la pensée vagabonder, on oriente la pensée diffuse dans la direction que l’on souhaite. Par exemple, je pourrais formuler clairement que je souhaite écrire un poème de 3 strophes avec des rimes croisées avant d’aller faire une promenade solitaire.

Une autre application de cette technique peut vous aider au quotidien. En préparant le soir sa journée du lendemain, en définissant les tâches à réaliser, on fait également un amorçage. Ainsi le cerveau peut, pendant la nuit, commencer à travailler sans que vous vous en rendiez compte et vous serez plus efficace le lendemain.

J’espère que cette technique vous aidera autant que moi. N’hésitez pas à participer au MOOC de Barbara Aokley ou à lire son livre. D’autres articles vont probablement s’inspirer de son travail. Pour ne rien manquer, vous pouvez vous inscrire à la newsletter. Partagez ce billet s’il vous a plu. Vous pouvez aussi réagir sur Facebook ou dans les commentaires.

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Ernilie signature

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