Une turbulette cousue de rubans

L’article d’aujourd’hui est très personnel. J’y évoque un évènement de ma vie et comment il m’a changée. Si ça ne vous intéresse pas, je le comprends tout à fait. Dans ce cas, je vous invite à vous reporter à une catégorie plus adaptée à vos goûts dans le menu au-dessus. Je posterai bientôt un article plus technique, promis !

Je suis retombée tout récemment sur un objet qui revêt une signification toute particulière pour moi : une turbulette sur laquelle j’avais cousu des rubans. La retrouver par hasard a déclenché en moi une vague de sentiments très forts. Où dominait la culpabilité.

Pourtant, les circonstances étaient heureuses. Nous venions d’apprendre qu’un heureux évènement allait bientôt arriver tout près de nous et je parcourais avec la future maman le matériel de puériculture que j’avais mis de côté pour aider les futurs parents de notre entourage. D’abord, tout ça coûte une blinde pour un temps d’utilisation réduit. Et puis, au-delà de l’aspect écologique, ça me remplit de joie de savoir que ces objets que j’ai aimés, qui ont accompagné les premiers mois de mes enfants, vont trouver une autre vie. Les retrouver, c’est évoquer mille souvenirs de petits poings serrés, d’odeur de nouveau-nés et de premiers sourires.

Tout allait donc bien. Jusqu’à ce qu’en ouvrant un sac pour examiner son contenu, je tombe sur la fameuse turbulette. Pour celles/ceux qui ne sont pas familiers avec le matériel de puériculture, il s’agit d’une sorte de sac de couchage à bretelles dimensionné pour un bébé. Ça évite que le marmot ne se découvre en gigotant dans son sommeil, ce qui est immanquablement le cas avec une couverture. Un objet tout à fait innocent a priori. Avec même un potentiel de mignonnerie conséquent.

Cette turbulette-là avait servi pour mes 3 petits. Elle était toute simple, douce et encore en bon état. Ce sont les circonstances qui m’ont amenée à coudre les rubans qui en font une bombe pour mon affect. Il faut savoir que, si je me débrouille bien avec des aiguilles à tricoter, je sais à peine par quel bout on tient une aiguille à coudre. Il m’a donc fallu une grande motivation pour coudre solidement ces 2 rubans.

Ils étaient destinés à attacher mon bébé d’à peine un an dans son lit. N’appelez pas la DASS tout de suite ! J’avais de bonnes raisons d’agir ainsi. Mon garçon venait d’être opéré et devait impérativement rester sur le dos. Les rubans s’accrochaient sur les barreaux du lit pour limiter sa liberté de mouvement au maximum. C’était déjà mieux que les sangles qui enserraient directement ses pieds à l’hôpital. Si le problème médical d’origine était sans gravité, la chirurgie impliquée était lourde et les conséquences douloureuses.

Quelques jours après mes exploits de couture, nous avons réalisé que l’opération était un échec. La seconde tentative, deux ans plus tard, également. Malgré 5 semaines d’hospitalisation et pas mal de souffrance pour notre petit bout qui avait alors seulement 3 ans.

En voyant cette turbulette, c’est toute la tristesse, la douleur et la culpabilité qui sont remontées à la surface. La douleur de mon enfant est gravée en moi. Plus qu’en lui, semble-t-il. Il se rappelle son dernier – et très long – séjour à l’hôpital, mais ne semble pas en garder un très mauvais souvenir. Et pourtant, je me sens coupable d’avoir participé à sa souffrance en l’occupant pendant les soins. En détournant son attention pendant qu’on lui faisait mal. Coupable d’avoir accepté ces 2 opérations. Coupable de leur échec.

Tout ceci n’est pas très rationnel. Mon garçon est en bonne santé et s’accommode sans problème de son petit souci. Il est adorable et toujours prêt à faire un câlin. Mais ces sentiments sont là et je n’ai pas encore fait la paix avec. Ils impactent ma vie et mes décisions. Ils m’ont appris à relativiser. Croyez-moi, passer quelques semaines dans le service de chirurgie pédiatrique d’un CHU, nous a montré quelle chance nous avions, avec nos petits bobos et nos petits soucis. Mes priorités ont aussi été chamboulées. Notamment la place de mon travail dans ma vie. Je crois aussi que l’envie de ce blog y trouve son origine. La turbulette et cet article m’ont permis de réaliser tout ce chemin.

Si cet article peut intéresser quelqu’un dans votre entourage, n’hésitez pas à le partager. À votre tour, maintenant ! En quoi vos blessures vous ont-elles changé(e) ?

Portez-vous bien,

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4 Replies to “Une turbulette cousue de rubans”

  1. Comme je te comprends.
    Ils sont terribles ces sentiments que l’on pensait oubliés et qui refont surface aux moment où on ne s’y attend plus…

    1. Bonjour Mellodia,
      Oui, on dirait qu’ils nous attendent, tapis, pour nous sauter dessus dans un moment de vulnérabilité.

  2. Je ne peux être que touchée par cet article. Je pense qu’on ne peut culpabiliser à partir du moment où l’on fait tout pour améliorer la vie de ceux qu’on aime, à notre niveau; Cette turbulette était là pour l’aider, indéniablement; Tout comme sa deuxième opération et son séjour à l’hôpital…Malheureusement parfois la vie en décide autrement, mais je pense qu’il ne faut jamais oublier l’intention qui a accompagné vos choix, celle de l’aider au mieux et le plus vite possible, par amour pour lui;

    1. Merci Nonam,
      Mon moi rationnel analyse tout cela ainsi. Mon moi émotionnel s’en fout pas mal 🙂

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